Les 2 Écrans


Mouny Berrah

Cette anthologie des écrits de Mouny Berrah, la plus importante critique de cinéma en Algérie, regroupe pour la première fois les articles, analyses théoriques et entretiens qu’elle a menés pendant plusieurs décennies (1977-2000) sur la télévision et les cinémas algérien, maghrébin, arabe et mondial. Cet ouvrage tend à faire entendre sa voix singulière et à considérer l’importance du travail colossal qu’elle a fourni.

Sociologue de formation, sa cinéphilie est indissociable de sa fréquentation assidue de la Cinémathèque algérienne dès les années 1960. En plus de ses nombreux articles parus aux 2 Écrans, revue algérienne de cinéma et de télévision (1978-1983) dont elle était la co-rédactrice en chef, ce recueil propose aussi un aperçu de ses écrits sur la culture et les arts parus dans d’autres périodiques algériens, des textes inédits écrits aux États-Unis, ainsi que ses essais parus dans la revue française CinémAction sur le cinéma au féminin, le cinéma maghrébin, ou sur le cinéma d’avant-garde, entre autres.

On y découvre des entretiens – tous reproduits ici – avec les plus grands cinéastes algériens notamment Assia Djebar, Ahmed Lallem, Azzedine Meddour, Mohamed Ifticène, Ali Ghalem, Mohamed Bouamari ou Merzak Allouache, mais aussi internationaux comme l’Égyptien Youssef Chahine, le Malien Alkaly Kaba ou l’Irakien Kacem Hawal, tout comme avec un jeune cinéaste amateur des quartiers d’Alger, Hamid Benamra.

Son intérêt sincère pour le public est indéniable. Loin de s’enfermer dans une cinéphilie « élitiste », elle ouvre largement ses rubriques aux technicien.ne.s, aborde le cinéma par les autres arts (calligraphie, littérature, théâtre, musique), et porte un intérêt aux pratiques sociales du cinéma et de la télévision. Elle partage régulièrement avec les lecteur.ice.s les recensions des livres et revues reçus à la rédaction, de l’étranger. Et elle anime une rubrique géniale intitulée « carnet mouchard », où durant une semaine, elle suit les programmes de la télévision avec des téléspectateurs lambda et rend compte de leurs échanges.

La dimension « populaire » du travail de Mouny Berrah est importante. Elle témoigne de ce qu’a été l’Algérie à un instant t : les programmes qui réunissaient les familles algériennes derrière leurs écrans, les polémiques de l’époque, les débats qui animaient la société… Les souvenirs d’une génération dont l’enthousiasme et l’énergie sont palpables dans chaque texte.

Cette anthologie est donc aussi plus largement une manière d’appréhender toute une époque en se laissant guider par l’un des esprits les plus fins que l’Algérie indépendante ait connu.

Co-édition : Éditions Motifs, Archives Bouanani et Talitha

Collection INTILAK, anthologie

Édition trilingue français, anglais et arabe

188p. 20 x 26 cm  

Graphisme : Louise Dib, Studio Chimbo

Prix : 2000 da / 18 euros